LA PRINCESSE HADOPI

Et si la vie était un conte de fée...

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Il était une fois, dans un royaume fort lointain, un roi qui se languissait. Il vivait seul, dans un palais immense entouré de conseillers et de servants prêts à satisfaire le moindre de ses caprices. Cependant ses peines de cœur l’avait rendu triste, si triste qu’il n’avait plus goût à rien. Même la flagellation de quelques sujets, ou la lapidation de quelques conseillers ne l’amusait plus.

Il vivait ainsi renfermé dans sa tour d’ivoire au centre de son royaume.

Ses ministres les plus proches, inquiets de le voir dépérir ainsi, lui proposaient les divertissements les plus fameux du royaume. Rapidement, le roi connut tous les troubadours, mages, bouffons et autres fous que le royaume comptait. Certains d’entre eux, exilés sous le règne de ses prédécesseurs dans de lointaines contrées (pour de viles questions de règlement de la dîme), furent même appelés au chevet du mélancolique roi.

Cependant rien y faisait ;

Certes, parfois amusé ou surpris par les tours, le roi laissait transparaître, un instant l’esquisse d’un sourire, mais une fois le spectacle fini, le roi retombait dans sa torpeur.

Un jour, l’un de ses conseillers intervint auprès du plus fameux mage du royaume, F. NACOV (si fameux qu’il avait convaincu ses congénères de lui confier le soin de récolter les fruits de leur travail)  pour qu’il conçoive un spectacle tout aussi extraordinaire que rare, qui serait présenté au Roi à l’occasion de la Grande Fête du Royaume.

Le Mage F. NACOV, compris qu’il détenait là la possibilité de dénoncer, de manière retentissante, les pales copies des spectacles qu’il organisait, et qui le contraignait à exploiter les pauvres saltimbanques qu’il avait sous sa protection. Il conçu donc une métaphore pacifique autour du nécessaire respect dû à sa fonction au sein d’une société civilisée (c'est-à-dire respectant son action salvatrice auprès des saltimbanques sans le sou).

Le jour de la première représentation, le Mage F. NACOV demanda à sa fiancée MADIE, en qui il avait toute confiance, de l’assister.

La Cour était au grand complet. La représentation eut lieu dans les grands salons du Palais du Roi. Dès l’ouverture du rideau le Roi fut émerveillé, tous ses sens étaient en éveil, son visage s’illuminait, non grâce au spectacle qui lui était proposé, mais devant la beauté de l’assistante du Mage. Il n’écouta rien du spectacle, ne vit aucun des tours du Mage, ne comprit nullement le sens de la métaphore ; seule l’assistante du Mage lui importait. Il n’eut de cesse de l’admirer et de la désirer.

Conscient de la réprobation de la Cour, traditionaliste, le Roi demanda à l’un de ses conseillers d’organiser un dîner informel pour conquérir le cœur de son élue. Il ne mangeait plus, il ne dormait plus, les affaires du royaume ne lui importaient plus, seule l’image de la belle MADIE l’accaparait.

La belle MADIE succomba vite aux avances du Roi.

Le Roi voulut immédiatement officialiser sa relation et marier ainsi sa belle.

Les plus proches conseillers du Roi, qui n’avaient guère confiance en une roturière tout droit sortie d’un cirque, exigèrent que préalablement à l’union, soit établi un contrat prénuptial.

Cela fut fait, et le mariage fut célébré dès après la signature dudit contrat.

A peine mariés, la Belle MADIE annonça à son époux qu’elle aurait l’honneur et le plaisir de lui donner un enfant d’ici à quelques mois. Les Conseillers du Roi, bien qu’étrangers à cette conception, réfléchirent longtemps quant au statut de cet enfant conçu d’un mélange du sang royal (par essence précieux et noble) et du sang d’une roturière saltimbanque (bouillonnant et imprévisible). Chacun y allait de son avis, de postulats erronés en pétition de principe absurde. Une seule constante présidait à leurs réflexions: cette nouveauté, cet inconnu, les inquiétait et les terrifiait malgré le vide abyssal de leurs connaissances en la matière.

Un matin, alors même que la belle MADIE n’était qu’à son huitième mois, elle sentit que l’enfant allait naître. Le Roi, informé de l’événement, n’eut de cesse de se féliciter de l’heureux événement et de sa nouvelle qualité de père, au point qu’il oublia d’en informer les parrains. Cette absence eut pour conséquence de voire venir au monde un enfant mort né.

La Belle MADIE était inconsolable.

Le Roi était furieux.

Il entra dans une colère comme jamais le Royaume n’en avait connue.

Cependant, comme ceci n’est qu’un conte de fées (et uniquement pour cette raison), la Belle MADIE comprit, dès le lendemain, qu’elle portait de nouveau un enfant. Chose curieuse, elle eu la sensation de reprendre sa grossesse au stade où elle l’avait arrêtée la veille. Toujours parce qu’il s’agit d’un conte de fées, le Roi exigea des fées du royaume que la grossesse ne dure qu’un mois.

Ainsi, à peine quelques semaines plus tard, la Belle MADIE mit au monde une jolie petite fille, en présence de tous ses parrains (étroitement surveillés par les Gardes personnels du Roi).

L’enfant fût appelée HADOPI.

Cependant si le Roi avait bien pris soin, cette fois-ci de convoquer tous les parrains, il avait oublié d’informer une vieille fée, vivant seule dans un lugubre château situé à quelques lieues du Palais Royal. Ainsi et alors que la fête battait son plein, au Palais, autour du berceau, les portes de la Grande Salle d’Honneur s’ouvrirent et l’huissier annonça Conceçao de CONSTANZIA (que le Roi surnommait Cons-cons).

La vieille fée, habillée d’une longue robe noire, un lapin mort accroché à l’épaule, laissait apparaître un visage ridé, déformé par la colère de ne pas avoir été informée de l’événement. Elle s’approcha du berceau et regarda l’enfant qui lui souriait.

Elle marmonna et psalmodia des incantations dont le Roi et les conseillers ne comprirent que les termes sans en saisir le sens général. Les musiciens cessèrent de jouer. Les conseillers cessèrent de danser (craignant une nouvelle colère du Roi). La jeune HADOPI cessa de sourire et se mit à pleurer. Personne n’osait intervenir connaissant les pouvoirs de la vieille fée.

Au bout de longues minutes la vieille fée partit comme elle était venue, laissant une atmosphère pesante derrière elle.

La Belle MADIE se précipita vers le berceau et poussa un cri de désespoir avant de s’évanouir.

Le Roi, et derrière lui les conseillers s’approchèrent du berceau.

Ils découvrirent alors l’enfant telle qu’ils l’avaient laissée avant la venue de la vieille fée, à la différence près que la jeune HADOPI était désormais une enfant tronc, dépourvue de bras et de jambes.

Le Roi, fou de colère, convoqua dès le lendemain tous les conseillers du Royaume. Il leur intima l’ordre de trouver une solution pour permettre à la jeune HADOPI de se mouvoir, et de récupérer une allure digne de son rang. Le Roi ne souhaitait avoir recours à aucun des pouvoirs des fées considérant que tous ses tourments provenaient de là…

Il fut décidé de réaliser des prothèses mécaniques, en bois. Toutefois, et en l’absence de tout recours aux fées du royaume, la mécanique nécessitait l’aide de personnes pour guider la pauvre HADOPI dans toutes ses actions au quotidien

Le Roi décida alors de créer un corps spécialisé pour assister la jeune HADOPI dans tous ses faits et gestes.

La Jeune HADOPI vécut très peu de temps, et n’eut aucun enfant.

 
MORALITE

Tous les artifices du monde ne peuvent pallier l’oubli de l’essentiel.
 

Guillaume BARDON,
Avocat au Barreau de TOURS